Il nous arrive d’Europe. Il a traversé la frontière sans contrôle sanitaire. Depuis qu’il a été repéré, il attire les paparazzis d’oiseaux rares du Québec et d’ailleurs. Il faut dire que c’est la première mention au Canada d’un Rougegorge familier.
Un texte de Pierre André, avec photos de Luc Laberge et Luc Tremblay.
L’individu a franchi l’Atlantique. Son aire de répartition s’étend du Maroc jusqu’en Suède, du Portugal jusqu’en Iran. On trouve même des individus de façon régulière en Islande. Les plus fortes densités sont présentes en Europe de l’Ouest ainsi qu’au pourtour de la Méditerranée.

Source: Fink, D., T. Auer, A. Johnston, M. Strimas-Mackey, S. Ligocki, O. Robinson, W. Hochachka, L. Jaromczyk, C. Crowley, K. Dunham, A. Stillman, C. Davis, M. Stokowski, P. Sharma, V. Pantoja, D. Burgin, P. Crowe, M. Bell, S. Ray, I. Davies, V. Ruiz-Gutierrez, C. Wood, A. Rodewald. 2024. eBird Status and Trends, Data Version: 2023; Released: 2025. Cornell Lab of Ornithology, Ithaca, New York. https://doi.org/10.2173/WZTW8903
Avant la mention montréalaise, cette espèce a été observée brièvement à quatre reprises aux États-Unis. En février 2015, en Pennsylvanie, un individu fut observé alors qu’il s’alimentait sur du gras. En novembre 2022 en Floride, deux individus étaient observés à bord d’un bateau de croisière. L’un d’entre eux est demeuré à bord environ huit jours, même si le bateau a fait escale sur différentes îles des Caraïbes durant cette semaine-là. En octobre 2023, au New Jersey, un individu heurte les vitres de l’aréna de Newark alors qu’un bénévole de la société Audubon fait le suivi des oiseaux qui entrent en collision avec le bâtiment. Après avoir été pesé et identifié, l’oiseau a été relâché. En novembre de cette même année, mais cette fois en Floride, un individu est demeuré à bord d’un bateau de croisière durant une semaine. Ce navire revenait, selon l’observateur, d’un périple en Méditerranée.

Plusieurs populations de Rougegorge familier effectuent une migration post-nuptiale vers le bassin méditerranéen, par exemple depuis la Scandinavie. Celle-ci se déroule entre le 16 août et le 29 novembre. Les individus peuvent parcourir de longues distances: un oiseau bagué en Belgique s’est retrouvé 2400 km plus au Sud dans le Sahara marocain, à une vitesse possible de 100 km/jour (Kirwan et coll., 2025).
Les mentions nord-américaines coïncident ou suivent cette période migratoire. Il est donc possible qu’un individu ait été désorienté ou entraîné par le vent durant une tempête vers nos côtes. Il est également plausible que l’oiseau soit arrivé par bateau. Dans la littérature, il est reconnu que des oiseaux voyagent involontairement d’une côte à l’autre des océans à bord de navires. Ainsi, durant sa migration nocturne sur le vieux continent, un individu a pu se poser sur un navire. Et le voilà voguant sur l’océan. Nous ne pourrons jamais confirmer cette hypothèse pour l’oiseau vagabond de Montréal, pas plus que nous ne connaîtrons la date de son arrivée. Notons toutefois qu’il a été découvert à seulement quelques kilomètres du Port de Montréal, ce qui penche en faveur de l’hypothèse d’une traversée assistée.

C’est sans conteste la première fois en Amérique du Nord qu’un individu fait autant courir les foules. Les ornithologues du Québec, des États de la Nouvelle-Angleterre et d’ailleurs ont convergé par dizaines vers le lieu de sa découverte. Cela constitue un événement social que les médias n’ont pas manqué de souligner, dont Le Devoir, ICI Radio-Canada et même Le Monde.
L’oiseau passera-t-il l’hiver? Comme tous les oiseaux, le rougegorge peut gonfler ses plumes pour s’isoler du froid et frisonner pour générer de la chaleur (voir La mésange en hiver). Toutefois, l’espèce n’est pas adaptée aux épisodes de froid soutenu et de verglas que nous connaissons dans la région métropolitaine. Qui plus est le couvert de neige complique et limite la quête de nourriture nécessaire pour répondre à l’augmentation de ses besoins métaboliques. Sans compter le stress qu’il vit en raison de son vedettariat, ses besoins d’hydratation et les attaques potentielles de prédateurs, comme les chats et les éperviers.
Avec tous ces paparazzis, le Rougegorge familier de Montréal est l’individu de cette espèce le plus photographié au monde. Seulement sur eBird, son portrait apparaît sur près de 1000 photos téléversées entre le 7 et le 21 janvier 2026 sur plus de 350 feuillets d’observation.

Remerciements
Je tiens à remercier Luc Laberge et Luc Tremblay pour les photos, ainsi que mon épouse Johanne Filiatrault pour sa relecture attentive de cet article.
Références
Cornell Lab of Ornithology, eBird, consulté le 20 janvier 2026.
Kirwan, G.M., N. Collar et D.D.L. Goodman (2025) European RobinErithacus rubecula. Dans Cornell Lab of Ornithology, Birds of the World.
