Qu’advient-il des oiseaux durant un ouragan?

Par Pierre André, biologiste

Derniers jours du mois d’août 2017, l’ouragan Harvey frappe de plein fouet le Texas (pour voir sa trajectoire, cliquez ici). Les vents atteignent les 215 km/h. Les pluies diluviennes inondent Corpus Christi et ses environs. La population de cette région vit une catastrophe naturelle sans précédent. Pendant l’ouragan, les gens ont connu l’insécurité et la terreur. Qu’en est-il des oiseaux?

Les oiseaux se cachent pour se protéger

Dans une description détaillée, publiée en 1945, George M. Sutton décrit ses observations du comportement des oiseaux lors du passage d’un ouragan à Orlando en Floride. La majorité des oiseaux cherchait à se mettre à l’abri des intempéries. Certains demeuraient dans la cavité qu’ils occupaient (pic à tête rouge). Plusieurs piquaient vers le sol s’abritant sous ou derrière des structures anthropiques ou des arbustes résistants (pie-grièche, paruline à couronne rousse). D’autres enfin demeuraient au sol à l’abri des herbes denses jusqu’à ce que passe la tempête (Paruline à couronne rousse, pluvier kildir, aigrette bleue).

C’est ce comportement de recherche d’abri qu’a adopté Harvey, le maintenant célèbre épervier de Cooper, qui a trouvé refuge dans un taxi. Cette vidéo a été vue plus de 850 000 fois.

Le contournement de la tempête

Certains oiseaux vont contourner les tempêtes. En 2012, un courlis corlieu du nom de Machi, bagué en 2009 en Virginie, a été rapporté par un chasseur en Guadeloupe. L’oiseau a littéralement dévié de sa trajectoire afin de contourner la tempête Maria comme l’illustre la carte suivante.

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La dérive sur de longues distances

Sutton observa également des oiseaux happés par le vent (Sterne pierregarin et goéland à bec cerclé) ou dérivant sans contrôle apparent (balbuzard pêcheur).

La participation des citoyens membres de la communauté eBird permet de mieux comprendre la dispersion qui est associée aux ouragans. Dans le cas de celui de Harvey, l’équipe BirdCast a mis au point une carte dynamique (http://birdcast.info/forecast/live-map-of-birds-displaced-by-hurricane-harvey/). Cette carte met en évidence les observations confirmées dans la région frappée pour 10 espèces d’oiseaux pélagiques ou côtiers. Plusieurs individus se sont retrouvés des dizaines, voire quelques centaines de kilomètres à l’intérieur des terres. À titre de repère sur le cliché qui apparait à l’en-tête, la distance entre Houston et Dallas est de l’ordre de 360 km.

Dans l’œil de l’ouragan

Certains individus semblent « trouver refuge » ou être piégés dans l’œil de l’ouragan. Sur l’image satellitaire ci-dessous (tirée également de BirdCast), le bleu dans le rouge de l’œil de l’ouragan serait de nature biologique, probablement des oiseaux, des insectes et peut-être des chauves-souris.

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Ce phénomène avait d’ailleurs été observé durant les ouragans Irene (2011) et Sandy (2012) (Van den Broeke, 2013). Il a aussi défrayé les manchettes lors du passage de  Matthew en 2016. Cette courte vidéo, extrait d’un bulletin de météo, montre bien la présence de corps biologiques dans l’œil de l’ouragan.

Et il y a des pertes de vie

Un des effets directs des ouragans est la mortalité des oiseaux qui peut être causée par les forts vents, les pluies et les inondations dues aux ondes de tempêtes. La mortalité peut aussi survenir au cours des déplacements d’individus sur de longues distances, causés par les vents de tempête (Wiley et Wunderle Jr, 1993). Les causes de ces mortalités peuvent être nombreuses : hypothermie des oiseaux détrempés (surviendrait surtout chez les jeunes), collision avec des objets éjectés ou des obstacles variés, épuisement…

En 1906, Clark (cité par Wiley et Wunderle Jr., 1993) fait état des dommages causés par un ouragan qui a frappé l’île de St-Vincent en 1898. Sa narration nous permet de mieux comprendre les conséquences de ce type de catastrophes naturelles :

The center of the storm passed directly over the island, and the interior forest as well as the fruit trees on the cultivated areas were almost entirely destroyed. On the next day the island appeared as if it had been swept by fire: there was not a leaf nor any green thing in sight. Everything was brown. The number of birds was very sensibly diminished, those of the « high woods », especially the [St Vincent] parrots [Amazona guildingii], appearing to have suffered the most. Hundreds, if not thousands of birds were killed on the island, and quantities were driven out to sea and lost. Allenia albiventris [Scaly-breasted Thrasher, Margarops fuscus] after the storm became a common resident on Union Island and Carriacou (possibly on some of the other Grenadines also), places where previously it had been unknown. It has since, however, died out at both places. One or two [St Vincent] parrots were picked up dead on the shores of St Lucia. The effects of the storm were not felt all atonce. For days afterwards parrots and « Ramier » [Scaly-naped Pigeon Columba squantosa] would stray into the smaller towns in so helpless a condition that many fell prey to the negroes. It is possible that starvation was the cause of this, as every green thing had been destroyed, and it was several days before the trees began to put forth buds. When the vegetation did begin to recover from the shock, the whole island, I was told, presented much the appearance of a rugged New England landscape in the spring. A number of the parrots were obtained alive at this time, and some of them are living in captivity yet.

Les ouragans peuvent être catastrophiques pour les oiseaux durant leur migration. Dionne et ses collègues (2008) rapportent que l’ouragan Wilma, qui a frappé la côte est-américaine en 2005, est passé dans un corridor majeur de migration. Des milliers d’oiseaux, dont des martinets, auraient alors été piégés et emportés, aboutissant aussi loin que dans les provinces de l’Atlantique et en Europe de l’Ouest. De cet événement, au moins 727 martinets ont été trouvés morts. Les données d’inventaire des martinets ramoneurs au Québec ont permis aux chercheurs d’estimer la baisse de la population l’année subséquente d’approximativement 50 %.

Conclusion

Sutton avait été surpris de la capacité des oiseaux à s’ajuster si rapidement aux conditions météorologiques imposées par la tempête. Il n’empêche que l’énergie que les volatiles investissent pour lutter contre la tempête peut causer directement leur mort. Un taux élevé de mortalité peut s’avérer catastrophique dans le cas de populations d’espèces menacées ou vulnérables. Et au-delà de ces conséquences directes, la destruction des écosystèmes et des habitats tout au long de la trajectoire de l’ouragan est aussi reconnue pour être la source de la chute radicale de la taille de certaines populations d’oiseaux. Ces catastrophes naturelles imposent souvent aux oiseaux un changement de diète, la recherche de nouvelles aires de nidification, d’alimentation ou pour passer l’hiver. Sans compter qu’elles nuisent au succès de reproduction.

Il faut donc conclure que si les ouragans s’avèrent dévastateurs pour les populations humaines, elles le sont tout autant pour les populations aviaires.

Sources 

Dionne M., C. Maurice, J. Gauthier et F. Shaffer, 2008. Impact of Hurricane Wilma on Migrating Birds : The Case of the Chimney Swift. The Wilson Journal of Ornithology, 120(4): 784-792.

Sutton G.M., 1945. Behavior of Birds during a Florida Hurricane, The Auk, 62(4) :603-606.

Van den Broeke M.S., 2013. Radar Observations of Biological Scatterers in Hurricanes Irene (2011) and Sandy (2012). JTECH, déc. 2013, https://doi.org/10.1175/JTECH-D-13-00056.1.

Wiley J.W. et J.M. Wunderle Jr, 1993. The Effects of Hurricanes on Birds, with special references to Caribbean Islands, Bird Conservation International, vol. 3 : 319-349.

 

Un samedi à Kigali

Par Pierre André, Ph.D.

C’était samedi, à Kigali. Dans la nuit du 14 au 15 octobre, les États membres participant à la 28e conférence des Parties au Protocole de Montréal ont adopté un important amendement en vue de réduire significativement les émissions d’hydrofluorocarbones (HFC). Ce faisant, ils corrigeaient un effet pervers de ce Protocole adopté en 1987.

À la suite de la découverte d’un imposant trou dans la couche d’ozone, la communauté internationale identifiait principalement un coupable, les chlorofluorocarbones (CFC). Elle adoptait des mesures pour en arrêter l’usage et conséquemment reconstruire cette couche gazeuse qui intercepte les rayons ultra-violet et, ce faisant, prévient le cancer de la peau. Heureusement, il existait des substituts aux CFC, les producteurs de ce gaz étaient peu nombreux et les équipements à modifier bien définis.

Le succès est indéniable. Le Protocole, ratifié à ce jour par 197 Parties, a conduit à la diminution de 98% de la production et de l’utilisation de produits chimiques nuisibles à l’ozone. Il a également permis de réduire le trou d’une superficie égale à celle de l’Inde, comme le faisait remarquer le journal Le Monde. Il permettra d’éviter annuellement environ deux millions de cas de cancer de la peau d’ici 2030. Enfin, les CFC étant un gaz à effet de serre, il a contribué à atténuer le changement climatique. Malgré les efforts consentis, la couche se reconstruit seulement au rythme d’environ 1% par année, ce qui permettrait d’envisager une reconstruction complète au-delà de 2065.

Les substituts privilégié aux CFC étaient alors les HFC. Ces gaz sont utilisés comme réfrigérants, pour la climatisation, dans les aérosols et comme  mousse isolante. Selon l’Institute for Gouvernance & Sustainable Development (IGSD), les HFC connaissent une croissance fulgurante, de l’ordre de 10 à 15% par année, ce qui en ferait le gaz à effet de serre dont l’usage croît le plus rapidement dans le mondée. Ils sont également de puissants gaz à effet de serre. En fait, leur puissance est 14 000 fois supérieure à celle du dioxyde de carbone. De plus, ils dégradent aussi la couche d’ozone.

L’amendement de Kigali marque l’aboutissement de 7 ans de négociations. Il prévoit une réduction des émissions de HFC qui débutera dès 2019 dans les pays développés et en 2024 et 2028 pour les pays en développement. À la fin des années 2040, tous les pays ne devraient plus consommer que 15 à 20% de leur consommation actuelle. Selon l’IGSD, en prévenant un rejet équivalent à 1,7 Gt de CO2 d’ici 2030, cet effort devrait permettre de prévenir une augmentation de la température de l’ordre de 0,5 °C d’ici 2100, contribuant ainsi à l’atteinte de l’objectif visé par l’Accord de Paris sur le changement climatique.

L’amendement adopté est historique. Il doit maintenant être ratifié par les Parties signataires. Ce fut décidément un samedi mémorable à Kigali.

 

Clin d’œil sur la température clémente d’octobre

Par Pierre André

Une douce température envahit le Québec ce mois d’octobre 2016. Les terrasses sont toujours ouvertes pour le plaisir des clients comme des restaurateurs. Le bonheur quoi. Et pourtant… La situation devrait nous préoccuper.

Animation 1. 136 ans de températures mensuelles

Une récente animation, disponible sur le site de la NASA, permet de visualiser la variation des températures mensuelles depuis cent trente-six ans. Vers 1900, la température oscillait autour d’une valeur moyenne. Depuis 1980 approximativement, elle se réchauffe à tous les mois de l’année et la tendance semble s’accélérer. En outre, juillet et août 2016 auront été les mois aux températures les plus chaudes jamais enregistrées.

Animation 2. Distribution de la température dans le monde – 2000-2016

La seconde animation, qui provient également de la NASA, illustre bien la variation de la température au sol (le jour) à l’échelle du monde, de 2000 à 2016. Les cycles thermiques se traduisent en pulsions annuelles. Les températures minimales et maximales diffèrent selon là où on se situe. En vous concentrant sur un continent, une région ou un État, vous verrez que les températures chaudes (35 degrés et plus) se manifestent sur une plus grande surface terrestre.

Un réchauffement est le bienvenu chez nous, à la veille de nos rigoureux hivers. Mais, la joie que suscitent des températures de près de 10 degrés au-dessus de la moyenne, serait-elle aussi grande pour les habitants des régions chaudes?

Pour en savoir plus sur septembre 2016 au Québec, cliquez ici.