Un harle dans la famille Branchu

Un caneton de harle couronné membre d’une famille de canard branchu? Mais diantre, qu’a-t-il bien pu se passer?

Texte de Pierre André.
Photos de Pierre André et Luc Laberge.
Témoignages: Bernard Dugas et Donald McCutcheon (incl. photo)

Le 5 juillet 2019, journée maussade sur le Sentier des étangs à Saint-Donat dans Lanaudière. Le ciel est couvert. La pluie tombe par intermittence. Beau temps pour les canards! Sur l’étang principal, des groupes familiaux d’Anatidés sillonnent l’eau calme. Une fuligule à collier plonge avec ses petits, tout comme la garrot à œil d’or. Les canes colvert arpentent les berges avec leur lot de canetons. Les canes branchu se promènent. Une n’a qu’un caneton, une autre en a huit. Un petit groupe familial attire notre attention (photo en rubrique). Quatre canetons suivent madame Branchu et, parmi eux, un intrus… un jeune harle couronné. Un plongeur parmi des barboteurs. Comment cela a-t-il bien pu arriver? L’hypothèse la plus probable: une femelle de harle couronnée a pondu un œuf – ou plusieurs – dans une cavité occupée par une femelle Branchu. Certains qualifie cette pratique de parasitisme.

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Texte de Pierre André.
Photos de Pierre André et Luc Laberge.
Témoignages: Bernard Dugas et Donald McCutcheon (incl. photo)

Le 5 juillet 2019, journée maussade sur le Sentier des étangs à Saint-Donat dans Lanaudière. Le ciel est couvert. La pluie tombe par intermittence. Beau temps pour les canards! Sur l’étang principal, des groupes familiaux d’Anatidés sillonnent l’eau calme. Une fuligule à collier plonge avec ses petits, tout comme la garrot à œil d’or. Les canes colvert arpentent les berges avec leur lot de canetons. Les canes branchu se promènent. Une n’a qu’un caneton, une autre en a huit. Un petit groupe familial attire notre attention (photo en rubrique). Quatre canetons suivent madame Branchu et, parmi eux, un intrus… un jeune harle couronné. Un plongeur parmi des barboteurs. Comment cela a-t-il bien pu arriver? L’hypothèse la plus probable: une femelle de harle couronnée a pondu un œuf – ou plusieurs – dans une cavité occupée par une femelle Branchu. Certains qualifie cette pratique de parasitisme.

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Une visite inusitée… Un Fou de Bassan sur la rivière des Mille-Îles.

Le 4 décembre dernier, un Fou de Bassan s’est aventuré sur la Rivière des Mille-Îles. Y était-il par hasard ou utilisait-il un raccourci pour rejoindre le golfe du Maine? Voici l’histoire de sa découverte.

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Il pleuvait des Parulines – Une exceptionnelle migration printanière dans Charlevoix et l’Est-du-Québec

Texte et photos de Pierre André, biologiste

Ah l’expérience inusitée que nous avons vécue! Lundi le 28 mai 2018, l’impact d’oiseaux heurtant la fenêtre côté nord de la maison ancestrale de 1869 que nous avions louée à Port-au-Persil, attira notre attention. La journée était très venteuse. Après inspection des abords de la maison, je n’ai pu trouver les oiseaux. Ils avaient dû reprendre rapidement leur esprit et poursuivre leur chemin. Cependant, quelle ne fut pas notre surprise de constater que des dizaines de parulines défilaient à un rythme d’enfer, poussées par le vent, à la hauteur du hangar visible de la maison. Elles défilaient quasi à l’horizontale, à une vitesse remarquable en direction sud-ouest. Les volées de 3 à 15 individus se succédaient au rythme de 2 à 3 par minute. Et cela a duré des heures. Nous en avons rapporté sur notre feuillet eBird plus de 500 observés en trente minutes. Il pleuvait littéralement des parulines.

Nous avons alors décidé de partir à leur recherche. Ces parulines devaient bien se concentrer au sol quelque part. Nos recherches nous ont conduits au pied de la cascade située près du quai de Port-au-Persil. Les parulines étaient partout : sur la pelouse, sur les rochers, dans les arbustes, dans les arbres, sur les chemins, au bord de l’eau… Après 5 heures d’observation, nous avions identifié 145 individus appartenant à 17 espèces différentes de Parulidés, un record pour Johanne et moi.

Les espèces que nous avons observées : les parulines tigrée et à poitrine baie (25 individus chacune), à gorge orangée (20), à croupion jaune (14), obscure (10), à tête cendrée (10), flamboyante (8), du Canada (5), à calotte noire (4), bleue (4), à joues grises (4), couronnée (4), à collier (3), rayée (3), à gorge noire (2), à flancs marrons (2) et jaune (2).

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Paruline à poitrine baie

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Paruline à flancs marrons

Si nos attentes d’ornithologue amateur furent comblées, d’autres personnes ont vécu une expérience moins agréable. La radio locale CIHO-FM a rapporté de fortes mortalités aviaires près des maisons, à St-Siméon notamment. L’article souligne également que les résidents s’interrogent sur les causes de la mort de ces dizaines de parulines trouvées au pied de leurs fenêtres. Une petite famille, les St-Aubin – Mathon avec qui nous avons échangé le 29 mai sur le quai de Port-au-Persil, nous rapportait une situation similaire à leur maison de St-Fidèle. Enfin, nous avons observé quelques carcasses de parulines au bord de la route.

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Paruline à croupion jaune

Comment expliquer le phénomène que nous avons observé?

Le 28 mai dernier, le Bas-Saint-Laurent, la Gaspésie, la Côte-Nord et Charlevoix ont été l’objet d’un phénomène migratoire exceptionnel. Pour Pascal Côté, directeur de l’Observatoire des oiseaux de Tadoussac (OOT), « C’est probablement le plus gros mouvement de passereaux néotropicaux jamais enregistré en Amérique du Nord » (Le Soleil). Ian Davies, un ornithologue aguerri du Cornell Lab of Ornithology, rapportait depuis Tadoussac:

« As far as we are aware, it’s three times the number of warblers that anyone has ever seen at a location anywhere. It was basically a river of warblers. All heading southwest. » (NY Times).

Je vous invite à lire son commentaire sur son feuillet eBird qui traduit bien sa joie et son étonnement.

Les biologistes ont avancé quelques facteurs qui se sont conjugués pour donner ce phénomène. D’abord, pour le biologiste Hugues Deglaire de St-Ulric, le temps froid des jours précédents la semaine du 28 mai aurait retardé la migration de ces oiseaux qui rappelons-le, sont essentiellement insectivores (ICI Radio-Canada.ca). La paruline à gorge orangée (photo ci-dessous) a d’ailleurs beaucoup travaillé pour manger ce ver. Si elles étaient arrivées plus tôt, les parulines n’auraient probablement pas trouvé la nourriture nécessaire pour récupérer après la migration.

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Paruline à gorge orangée

Ensuite, un vent favorable du sud-ouest, dans la nuit de dimanche à lundi, « a drainé les parulines vers le nord-est », souligne Pascal Côté de l’OOT (Le Soleil). Les radars-météo (voir BirdCast pour ces dates) avaient d’ailleurs prédit ces importants mouvements.

Enfin, l’épidémie de tordeuses des bourgeons de l’épinette qui sévit au Québec et au Nouveau-Brunswick a fourni en 2017 une nourriture abondante à certaines espèces de parulines qui auraient alors pondu, selon les propos de Marc-André Villard, entre 7 et 8 œufs, soit le double d’une couvée normale (Ibid.). D’ailleurs, ce professeur associé de l’UQAR fait remarquer que les parulines dominantes des derniers jours sont dites « à tordeuses » (Ibid.). Il s’agit des parulines tigrée, à poitrine baie et obscure (voir La Semaine verte sur le sujet).

Sous ces conditions optimales pour leur vol de nuit, à une altitude de 1000 à 1200 mètres, portées par le vent et leurs battements d’ailes, les parulines auraient été emportées trop loin, ce qui les auraient amenées à effectuer, cette fois de jour, une correction migratoire vers le sud-ouest, explique Pascal Côté (Le Soleil).

Le même lundi 28 mai, des observateurs de l’OOT en poste au quai de la Pointe-à-John (Les Bergeronnes) ont dénombré 183 000 parulines entre 5h00 et 16h00. Leur feuillet eBird est éloquent. Les nombres de Parulines non identifiées rapportés par Laetitia Desbordes, observatrice, entre le 27 et le 31 mai, permet de constater le synchronisme remarquable du phénomène :

27 mai 28 mai 29 mai 30 mai 31 mai
Parulines sp. 20 183 832 21 660 21 224

Pour mieux comprendre les corrections migratoires

Comme je l’ai mentionné plus tôt, la migration des parulines se passe la nuit. La correction migratoire, elle, s’est déroulée durant la journée.  Les gens de l’OOT documente des corrections migratoires depuis 10 ans. En 2018, l’OOT s’est investi plus systématiquement à son étude en appliquant un protocole standardisé d’observation. Comme l’OOT souhaite poursuivre ses efforts printaniers en 2019, cette fois avec des fonds qui lui permettraient de mieux faire, il a lancé une campagne de socio-financement. Cliquez ici pour en savoir plus.

En conclusion

De cette abondance momentanée, il ne faut pas conclure que les populations de parulines se portent dans l’ensemble bien. Toutes les études publiées récemment rapportent un déclin des oiseaux chanteurs. Ce que nous avons pu observer est le résultat d’une conjoncture d’événements : retard dû au froid, conditions de vent en altitude favorables, correction migratoire importante et abondance des « parulines à tordeuses ».

Cette journée restera dans ma mémoire et celle de Johanne longtemps. Jamais nous n’aurons vu autant de parulines en un même lieu et un même jour. Quelle chance nous avons eue!

Remerciements

Merci à Marie-Andrée Desgagnés de m’avoir fait suivre le lien vers l’article de CIHO-FM.

L’Oie du Nord

Par Pierre André, Les Branchu – SBM

Avec une photo de Maxime Aubert

Jean-Paul Riopelle (1923-2002) a peint des oies. Ce Montréalais de naissance les a côtoyées à sa résidence d’été de l’Isle-aux-Grues et à son atelier de l’Île-aux-Oies. Plusieurs de ses œuvres ont des titres évocateurs : Cap Tourmente, Sur l’étang, Les Oies… et L’Oie du Nord. L’artiste vivait au cœur d’une importante halte migratoire de la Grande Oie des neiges (Chen caerulescens atlantica).

Cette Oie hiverne dans les états côtiers des États-Unis, du New Jersey à la Caroline du Nord. Elle y séjourne généralement de décembre à février. Le déclencheur principal de la migration serait la température maximale journalière. Les imposants voiliers comptent souvent plus de 1000 individus qui sillonnent le ciel à une altitude moyenne de 600 à 900 m, parfois jusqu’à 3600 m.

La Grande Oie des neiges niche dans le Haut-Arctique canadien, la plus importante colonie ayant été observée sur l’Île Bylot (Figure ci-dessous tirée de SCF, 2015). C’est lors de ces déplacements dans le corridor migratoire de l’Atlantique que les oies s’arrêtent sur le fleuve St-Laurent. Elles arrivent début avril et y sont présentes durant environ 6 semaines, le temps de refaire le plein d’énergie.

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Historiquement, la Grande Oie des neiges s’arrêtait localement, sur environ 80 km entre Québec et St-Roch-des-Aulnaies. Dans les années 1970, Cap Tourmente et Montmagny étaient les destinations privilégiées des ornithologues friands de ces blanches étendues d’oiseaux migrateurs. Les oies s’alimentaient alors presqu’exclusivement de scirpes des marais intertidaux. Le changement des pratiques agricoles a grandement modifié leur comportement. Elles se nourrissent plus fréquemment des résidus de maïs et de céréales dans les champs. Elles fréquentent aussi le Lac St-Pierre, par exemple à Baie-du-Febvre, qui accueille à chaque printemps quelques centaines de milliers d’oies, et dans les  champs de St-Barthélémy où en arrêtent quelques dizaines de milliers. La halte migratoire s’étend maintenant sur plus de 400 km et inclut des affluents majeurs comme la rivière Richelieu. Le corridor de migration s’élargit s’étendant maintenant de l’est Ontarien jusqu’aux Maritimes. Cap-Tourmente et Montmagny sont toujours d’excellents endroits pour les observer, mais ils ne sont plus les seuls.

La population de Grande Oie des neiges a connu une croissance fulgurante en 100 ans. Au début des années 1900, les experts estimaient la population à quelque 3000 oies seulement. En 1965, ils l’évaluaient à 25 000 et, au cours de la dernière décennie, entre 700 000 et 1 000 000 (Figure ci-dessous tirée d’Anonyme 2013). La principale raison qui explique cette forte croissance des 50 dernières années est l’expansion du territoire agricole cultivé combiné à l’augmentation des rendements dus à l’usage des engrais azotés. Il faut aussi souligner l’aménagement de refuges pour protéger les oiseaux de la chasse et le changement climatique.

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Depuis environ 20 ans, la population a atteint un tel niveau que la Grande Oie des neiges est considérée comme une espèce surabondante. En 1998, le gouvernement fédéral adopte des mesures spéciales afin d’en contrôler les effectifs. Entre autres, il accroit le nombre de prises autorisées et met en place une chasse printanière de conservation. Il évalue que les dommages causés par les oies couvrent environ 7000 hectares de cultures de maïs et de céréales, et totalisent 1,6 million de dollars. Il estime qu’elles ravagent leurs aires de repos et endommagent les écosystèmes qui les supportent dont leurs propres sites de nidification dans l’Arctique. Avec ces mesures, les gestionnaires souhaitent stabiliser la population autour de 750 000 oies.

Au Québec et dans les communautés, la migration de la Grande Oie des neiges et de la Bernache du Canada génère des retombées économiques significatives. Au début des années 2000, ses effets directs sur l’économie étaient évalués à 16,5 millions de dollars. En comptant les effets indirects et induits, les retombées annuelles totales étaient estimées à 30,9 millions. À lui seul, le loisir d’observation contribuait à 61% de ce montant.

Évidemment, il n’y a pas que la valeur économique qui compte. Il est impossible de chiffrer le bonheur que l’on ressent à entendre les oies ou à les observer en grands nombres dans les champs et les marais. Ou le souvenir d’une arrivée nocturne à Cap-Tourmente au cœur de la période de la migration. Ou encore l’inspiration artistique que suscite ce phénomène chez les auteurs, les photographes et les peintres. Riopelle aura été l’un d’entre eux, à notre grand plaisir.

Sources

Anonyme (2013). L’Oie des neiges au Québec : Plan d’action 2013-2018. Document d’un atelier de travail regroupant les membres de la Table de concertation sur la gestion de la Grande Oie des neiges, Québec.

Baldassarre, G. (2013). Ducks, Geese, and Swans of North America. Johns Hopkins University Press, vol. 1, p. 131 et suiv.

Bélanger, L. et J. Lefebvre (2006). Plan de gestion intégrée et durable de la Grande Oie des neiges au Québec : Plan d’action 2005-2010. Service canadien de la faune, Environnement-Canada.

Service Canadien de la Faune (2015). Situation des populations d’oiseaux migrateurs considérés comme gibier au Canada. Environnement et Changement climatique Canada, rapport no 45, novembre 2015. Document complet.