Ornitho 101. Les goélands en hiver. 

Six espèces de goélands adultes ou immatures se côtoient en hiver dans la grande région de Montréal. Sauriez-vous les distinguer ? Dans cet article, nous proposons une démarche qui permet de les reconnaître dans un groupe de centaines d’individus.

Un texte de Pierre André et Luc Laberge, avec des photos et un tableau illustré de Luc Laberge

En été, c’est surtout le Goéland à bec cerclé qui nous envahit. Les individus nichent sur les îles rocheuses, envahissent les plages et ornent les lampadaires des centres d’achats. Mais entre les mois de décembre et de mars, la majorité des becs cerclés ont migré vers le sud. Nous accueillons alors des espèces qui se se sont reproduites au printemps dans le golfe du Saint-Laurent ou dans les régions subarctique et arctique. Les plus abondants sont les goélands marins et hudsoniens. Ils sont accompagnés des plus rares goélands bourgmestres, arctiques et bruns. Les individus s’attroupent parfois par centaines voire par milliers dans les lieux d’enfouissement sanitaire ou dans les champs à proximité. À la fin de la journée et tôt en matinée, nous pouvons les observer sur les rivières gelées ou sur l’eau libre.

Cinq critères d’identification à retenir

Les critères utilisés pour l’identification des groupes d’individus localisés parfois à plusieurs centaines de mètres sont structurés autour de cinq éléments principaux : la couleur du manteau, la taille, les primaires, la tête et les pattes. Notre démarche débute par un examen sommaire de reconnaissance qui est suivi d’un examen détaillé pour confirmer nos identifications. Elle ne vise pas à déterminer l’âge des individus, mais à les attribuer à l’une des six espèces communes arborant le plumage inter-nuptial pendant la saison hivernale.

Notez que, hormis le G. à bec cerclé qui atteint sa maturité en trois ans, les autres espèces de goélands deviennent adultes au bout de quatre ans. Chaque individu mue alors à plusieurs reprises avant d’arborer son plumage nuptial pour la première fois. L’identification des adultes par rapport aux immatures demeure relativement aisée. Les adultes des six espèces se caractérisent par un manteau uniforme, un œil clair ainsi qu’un bec jaune orné d’un point rouge ou d’un anneau noir près de l’extrémité. Les immatures, quant à eux, présentent un manteau partiellement ou entièrement tacheté, un œil sombre, un bec entièrement ou partiellement noir et des pattes roses.

L’examen sommaire

L’examen sommaire se concentre sur les critères les plus visibles aux jumelles : la couleur des ailes et du dos ainsi que la taille relative des individus.

La première chose qui nous frappe quand nous sommes devant un attroupement de goélands comme celui de la photo à la Une, c’est la variation de la couleur des individus. Certains sont d’un blanc givré, d’autres sont gris, noirs ou bruns. Dès lors, nous pouvons aisément séparer les oiseaux en quatre groupes : les goélands blancs ou d’un gris très pâle, les goélands gris moyen aux primaires noires, les goélands gris foncés ou noirs, et les autres goélands souvent au plumage de différente intensité et teinte de brun de la tête à la queue.

La deuxième chose qui attire notre attention, c’est la taille variable des oiseaux. Le G. marin est le plus imposant de la famille des Laridés (photo à la Une) et le plus abondant chez nous en hiver. Comme il ressort du lot et qu’il est facile à identifier, il nous servira de référence pour classer les individus en trois groupes : les gros (G. marin et G. bourgmestre), les moyens (G. hudsonien, G. arctique et G. brun) et les petits (G. à bec cerclé). Dans le tableau 1, nous croisons la taille et la couleur du manteau, ce qui permet de faire un premier tri des oiseaux en présence, de formuler nos premières hypothèses.

Revenons quelques instants sur la photo à la Une. Les G. marins se démarquent par leur manteau noir et leur grande taille. Il y a aussi des goélands au dos blanc qui sont presque aussi gros (G. bourgmestre) et un individu qui est visiblement plus petit, debout au premier plan (G. arctique). Plus abondants sur l’image, les oiseaux au manteau gris moyen avec des primaires noires sont des goélands hudsoniens. Il y a enfin trois goélands de teinte brune et de taille moyenne (G. argenté immature).

Couleur du manteauGros individuMoyen individuPetit individu
Blanc à gris pâleG. bourgmestre (a, i)G. arctique (a, i) 
Gris moyen aux primaires noires G. hudsonien (a)G. à bec cerclé (a)
Gris très foncé, ardoisé ou noirG. marin (a, i)G. brun (a) 
Brun G. hudsonien (i)
G. brun (i)               
G. à bec cerclé (i)
Tableau 1. Les goélands selon leur taille et la couleur de leur manteau (a=adulte; i=immature)

L’examen détaillé

L’objectif consiste maintenant à différencier les individus qui se ressemblent le plus. Pour valider notre premier diagnostic, nous examinons les primaires, la tête et les pattes des bêtes, en commençant par nous concentrer sur les individus qui nous semblent différents. Nous ne pouvons pas prévoir le passage d’un Pygargue à tête blanche qui les ferait déguerpir, d’où l’intérêt de nous concentrer d’abord sur les oiseaux différents. Dans la majorité des cas, l’examen détaillé exige une lunette d’approche, un télescope ou un appareil photo avec un puissant grossissement. Dans les tableaux 2, 3 et 4, nous regroupons les espèces selon leur ressemblance à l’âge adulte et décrivons les différences entre les individus adultes et immatures.

Les goélands blancs ou d’un gris pâle

Tableau 2. Les goélands blancs ou d’un gris très pâle

(a) G. arctique: compact, manteau gris pâle, primaires grises et longues, petite tête ronde avec œil centré. (b) Le G. bourgmestre adulte est plus grand que les goélands argentés. Notez le manteau gris pâle, la grosse tête anguleuse, le fort bec avec renflement. (c) G. bourgmestre immature: forte taille par rapport aux goélands argentés, manteau blanc, bec avec seulement la pointe noire. Voir aussi le G. arctique immature debout au premier plan de la photo à la Une: taille moyenne, manteau blanc, longues primaires, petite tête ronde avec œil centré, bec noir.

Les goélands d’un gris moyen avec des primaires noires

EspèceÂgePrimairesTêtePattes
G. hudsonien (GOHU) –Adulte gris moyenNoires avec des miroirs blancs.  De longueur variable.Forte tête ovale, striée et parfois anguleuse. Bec épais et long, au renflement important. Bec jaune avec un point rouge.Roses et longues. Forte ossature.
Immature moucheté brunâtre ou gris brunâtre. Très variableTotalement noires.Forte tête brunâtre avec des taches et des rayures. Bec épais, long et noir avec un renflement important à la pointe. Base du bec rose.Roses. Forte ossature.
G. à bec cerclé (GOBC) – Allure équilibrée. Le plus petit des goélands. A l’air minuscule à côté d’un GOMA. Plus petit que le GOHU.Adulte d’un gris plus pâle que GOHUNoires avec des avec des miroirs blancs.Tête petite garnie de stries et de taches. Bec court, mince et jaune avec un anneau noir.Jaunes bien centrées. Plus fine ossature. Marche bien et rapide
Immature gris et brunDe brunes à noires.Petite tête garnie de lignes et de taches. Bec rose plus petit avec la pointe noire, renflement à la pointe.Roses ou verdâtres. Ossature fine.
Tableau 3. Les goélands d’un gris moyen avec des primaires noires

(a) G. hudsonien adulte : manteau gris moyen, primaires noires avec miroirs blancs, pattes roses, bec jaune avec un point rouge à l’extrémité de la mandibule inférieure. (b) G. hudsonien immature : manteau, corps et tête brun bariolé, primaires noires sans miroirs blancs, pattes roses, bec noir avec la base rose. (c) G. à bec cerclé immature : manteau, corps et tête brun bariolé, primaires noires sans miroirs blancs, pattes roses, bec noir à l’extrémité seulement avec la base rose. (d) G. à bec cerclé adulte : Manteau gris moyen, primaires noires avec miroirs blancs, pattes jaunes, bec jaune avec un anneau noir près de l’extrémité. Oiseau élancé et bien proportionné. (e) Notez comme les G. argentés situés à gauche et à droite du Goéland bourgmestre sont plus petits et ont le manteau gris plus foncé, des primaires noires avec des miroirs blancs. (f) Notez qu’il y a avec les 3 goélands argentés adultes un goéland bourgmestre immature. Ce dernier est de plus grande taille, a le manteau blanc givré et l’extrémité de son bec est noire.

Les goélands d’un gris très foncé, ardoisés ou noirs

EspèceÂgePrimairesTêtePattes
G. marin (GOMA) – Costaud. Le plus gros goéland.  Adulte charbon ou noir uniNoires avec des miroirs blancs.Forte tête blanche, aplatie, ovale et parfois anguleuse. Bec épais et long, au renflement important. Bec jaune avec un point rouge.Roses et longues. Forte ossature.
Immature noir et blanc un peu comme en damierTotalement noires.Forte tête blanche avec peu de taches. Bec épais, long et noir avec un renflement important à la pointe.Roses. Forte ossature.
G. brun (GOBR) – Allure élancée. Légèrement plus petit que GOHU jusqu’à peine plus gros qu’un GOBCAdulte ardoise d’un gris foncé plus pâle que GOMANoires avec des miroirs blancs. Dépassent largement la queue.Tête plus petite garnie de stries et de taches. Bec court, mince et jaune avec un point rouge allongé. Renflement à la pointe. Œil au beurre noir.Jaunes et courtes. Semblent situées en avant du corps. Plus fine ossature.
Immature, noir pâle  (ardoisé)  et blancNoires. Dépassent largement la queue.Petite tête garnie de stries et taches. Bec plus petit entièrement noir avec un renflement à la pointe. Parfois avec des marques noires irrégulières. Œil au beurre noir.Roses et courtes. Ossature fine.
Tableau 4. Les goélands d’un gris très foncé, ardoisés ou noirs

(a) Goéland marin immature : oiseau massif, manteau noir et blanc sous forme de damier, tête blanche avec quelques marques noires près de l’œil et des rayures fines sur la nuque, bec noir et épais. (b) Goéland marin adulte : oiseau massif, manteau noir et foncé, bec fort, jaune avec un point rouge sur la mandibule inférieure et un renflement à l’extrémité, pattes roses, tête blanche propre. (c) Goéland brun adulte : manteau gris foncé plutôt ardoisé qui contraste avec les longues primaires noires, bec jaune avec un point rouge à l’extrémité, bec peu épais, tête arrondie, pattes jaunes. (d) Entre les 2 goélands marins au manteau noir et au bec fort, notez le Goéland brun plus petit, au manteau ardoisé qui contraste avec les longues primaires noires ainsi que les pattes jaunes.

Conclusion

L’identification des goélands demande une préparation. Dans cet article nous vous exposons la démarche que nous utilisons pour aborder un groupe de goélands en hiver. Avec la pratique et la patience, vous finirez par trouver plaisir à rechercher les raretés qui peuvent parfois émerger de la masse. Nous espérons que les tableaux que nous avons produits sauront vous être utiles. En terminant, vous trouverez attachée à cet article une fiche synthèse illustrée qui pourrait vous faciliter la vie.

Remerciements

Nous tenons à remercier Johanne Filiatrault pour sa lecture attentive du texte ainsi que toute personne qui nous fera parvenir un commentaire permettant de l’améliorer.

Références

Ayyash, A. (2024) The Gull Guide. North America. Princeton University Press, Princeton and Oxford, NJ, USA.

Dunne, P. et K.T. Karlson (2019) Gulls Simplified. A Comparative Approach to Identification. Princeton University Press, Princeton and Oxford, NJ, USA.

Olsen, K. M. (2018) Gulls of the World. A Photographic Guide. Olsen Klaus Malling  Gulls of the World. A Photographic Guide.

Cornell Lab of Ornithology. Bird of the World.

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