Ornitho 101. Fuligule milouinan ou Petit fuligule?

Texte: Pierre André, biologiste. Photos: Maxime Aubert, Pierre André et Luc Laberge

Peut-être, comme moi, aimez-vous observer les regroupements de fuligules. Et certainement avez-vous eu des discussions avec d’autres observateurs pour valider votre identification. S’agit-il d’un fuligule milouinan ou d’un petit fuligule? J’ai colligé ici quelques éléments qui permettent de les différencier, bien que cela ne soit pas toujours facile à cause de l’éloignement, de l’éclairage et de la position de l’oiseau.

La tête

Si la tête du fuligule milouinan est arrondie, celle du petit fuligule est plutôt anguleuse (voir la photo à la Une) (Paquin 2010 et plusieurs autres). En général, celle du premier est plus longue (excluant le bec) que haute, et celle du second est plus haute que longue (Stokes 2010), des différences qui sont plus visibles sur les individus au repos que sur ceux s’alimentant. Ces particularités se retrouvent chez les mâles et chez les femelles.

Vue de face, la tête du fuligule milouinan montre un élargissement au niveau des joues alors que celle du petit fuligule est de largeur plus constante (Stokes).

Sous un éclairage idéal, la tête noire luisant du mâle milouinan présente des reflets verts, celle du petit fuligule, des reflets violacés.

Les femelles des 2 espèces sont brunes foncées, autant la tête que le corps, bien que celle du milouinan puisse être plus pâle. Elles ont également toutes deux une tache ovale blanche qui entoure le bec. Pour Peterson, ces taches seraient en moyenne plus larges chez le milouinan que chez le petit fuligule, un critère qui est cependant peu fiable.

Le bec

Le bec du fuligule milouinan est plus long (3/4 de la longueur de la tête) et plus large que celui du petit fuligule (2/3 de la tête) (Stokes 2010).

Pour ces deux espèces, si les individus sont de face, on peut voir à l’extrémité du bec un onglet. Celui du petit fuligule se présente comme une ligne étroite et bien définie, alors que celui du milouinan est étendu, couvrant une plus large partie de l’extrémité.

 

Les ailes

Les ailes déployées, le petit fuligule laisse voir sur le dessus du blanc qui se limite aux secondaires. Chez le fuligule milouinan, le blanc s’étend sur les primaires.

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Fuligule milouinan

Le corps

En période de reproduction, les flancs du mâle fuligule milouinan sont blancs alors que ceux du petit fuligule sont gris pâle. La différence s’estompe à l’automne.

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Les parties supérieures (manteau et scapulaires) du petit fuligule paraissent d’un gris plus sombre que celles du fuligule milouinan en raison de la présence d’un réseau de lignes noirâtres et plus larges (voir la photo à la Une ainsi que celle ci-dessous). La partie arrière des flancs présente souvent des lignes grises qui sont normalement absentes chez le fuligule milouinan. (Merci à Luc Laberge pour sa proposition d’ajouter les critères regroupés dans ce paragraphe, tirés de Madge et Burn, 1992).

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Fuligule milouinan à gauche, Petits fuligules à droite

L’allure générale

Quand les deux espèces sont rassemblées, les fuligules milouinans apparaissent plus grands (46-48 cm) que les petits fuligules (42-44 cm) (Peterson 2008). Notons également la différence de poids: 1,05 kg pour le milouinan contre 0,83 kg pour le petit (Sibley 2003).

Le petit fuligule présente un corps plus court et, bien souvent, flotte plus haut sur l’eau que le fuligule milouinan (une différence bien visible sur la photo à la Une).

Sources

Madge, S. et H. Burn (1992). Wildfowl : An identification guide to the ducks, geese and swans of the World. Helm Identification Guides.

Paquin, J. (2010). Guide d’identification des oiseaux du Québec. Éd. Michel Quintin, Waterloo, p. 62-63.

Peterson, R.T. (2008). Peterson field guide to birds of Nort America. Houghton Mifflin, Boston, p. 38.

Sibley D.A. (2003). The Sibley field guide to birds of Eastern North America. Knopf, New York, p. 80-81.

Stokes, D. et L. (2010). The Stokes field guide to the birds of North America. Little Brown, New-York, p. 36-37.

Les éoliennes et les oiseaux. Un survol des résultats des suivis d’exploitation de parcs éoliens

Par Pierre André, biologiste

Il est indéniable que les éoliennes ont une incidence sur la faune aviaire. Elles modifient le comportement d’individus qui fréquentent les lieux qui accueillent ces infrastructures. Occasionnellement, elles deviennent la cause de la mort d’oiseaux et de chauves-souris. Dans ce post, je vous propose un bilan des suivis disponibles sur la mortalité des oiseaux dû aux éoliennes.

Des débuts hasardeux

La mortalité massive d’oiseaux, en particulier de rapaces, dans quelques parcs éoliens a de quoi marquer l’imaginaire et faire frémir tous les amants des oiseaux.  À titre d’exemple, prenons le cas du parc éolien d’Altamont Pass (établi en 1982), composé de 5400 éoliennes (avec mâts en treillis), s’étendant sur 150 kilomètres carrés, à l’est de San Francisco. La puissance installée est estimée à 580 MW (ICF International, 2015, p. 1-1). Les images Google Earth qui suivent donnent un aperçu de ces aménagements.

Selon le Center for Biological Diversity (CBD), ce parc éolien, l’un des premiers aménagé aux États-Unis, serait le plus meurtrier au monde. La mortalité élevée, entre autres d’individus d’espèces protégées par la loi,  a été étudiée par des chercheurs et dénoncée par des organismes environnementaux. Au moment du renouvellement du permis en 2005, les producteurs d’énergie se sont vu imposer de nombreuses conditions dans le but de réduire significativement la mortalité aviaire, l’objectif étant une réduction de 50% par rapport aux années 1998-2003 pour 4 espèces cibles qui sont la crécerelle d’Amérique, la chevêche des terriers, la buse à queue rousse et l’aigle royal. Ces conditions incluent le démantèlement, le remplacement ou la relocalisation des éoliennes les plus meurtrières, la modulation des opérations en période critique pouvant aller jusqu’à l’arrêt temporaire de certaines turbines, la réalisation de suivis de mortalité par un expert indépendant…

Les données de suivis pour la période 2005-2013 montrent qu’il y a en moyenne 837 oiseaux de proie qui décèdent chaque année à l’échelle d’Altamont Pass (I.C. 95%=755-897) et 3493 (2916-4070) individus d’autres groupes, pour un total de 4331 (3671-4990) oiseaux (ICF International, 2015, Tableau 3-7). En outre, ces oiseaux morts sont issus de quelque 80 espèces, dont 957 étourneaux sansonnets, 953 sturnelles de l’Ouest, 667 pigeons bisets (forme domestique),  266 chevêches des terriers, 244 crécerelles d’Amérique, 169 buses à queue rousse, 122 tourterelles tristes, 103 alouettes hausse-col et 43 aigles royaux (Ibid.). Ce qui fait une mortalité moyenne de 10,37 (6,41-14,33) oiseaux par mégawatt (MW) par année, dont 2,01 (1,14-2,56) rapaces.

Ces taux élevés sont dus, selon le CBD, à une piètre évaluation des incidences du projet sur les oiseaux préalablement à la mise en place des éoliennes. Surtout, souligne ICF International, celui-ci a été aménagé dans un écosystème qui supporte une grande diversité aviaire, tant d’espèces résidentes et migratrices qu’hivernantes.

Depuis les années 1980, le nombre de projets éoliens a crû à travers le monde. Les méthodes d’évaluation des impacts se sont améliorées et les suivis de mortalité aviaire sont dorénavant exigés. Il nous est donc possible de mieux apprécier les taux de mortalité à différents endroits ainsi que le caractère exceptionnel d’Altamont Pass.

Quelques bilans des suivis

France

En France, une synthèse a été effectuée en collaboration avec la Ligue de protection des oiseaux (LPO) (Marx, 2017). L’analyse porte sur le suivi de 645 éoliennes appartenant à 91 parcs éoliens. Les résultats montrent « une répartition hétérogène des cadavres sous les différentes éoliennes d’un même parc » (p. 30). Dans le cadre de cette étude, les 803 cas de mortalité directe rapportés lors de 35 903 prospections sous 532 éoliennes ont été analysés.

L’analyse permet de constater que les individus retrouvés se répartissent en 97 espèces. 49,7% des dépouilles sont des Passériformes, avec une dominance nette de Régulidés (les roitelets), d’Alaudidés (les alouettes) et de Passéridés (les moineaux). Suivent les Falconiformes avec 23,1%. À l’échelle de la France, les principales espèces retrouvées sont dans l’ordre décroissant d’importance : le roitelet à triple bandeau, le martinet noir, le faucon crécerelle, la mouette rieuse, l’alouette des champs et la buse variable.

La mortalité réelle, qui tient compte de la surface réellement explorée pour chercher les carcasses, de l’efficacité de l’observateur à les repérer, de la fréquence des visites et de la disparition des cadavres dû aux charognards, n’a pu être estimée que sur 8 de ces parcs. Elle varie de 0,3 à 26,8 oiseaux par éolienne par année, avec une médiane de 4,5 (i.-e. 50% des données se trouvent sous cette valeur) et une moyenne autour de 7,0 (p. 58). Les auteurs expliquent la grande variabilité entre les éoliennes par des facteurs de localisation et par l’effort variable de prospection : distance d’éloignement entre un parc éolien et une zone de protection, proximité de silos à grain, superficie prospectée…

Canada

Au Canada (Alberta, Ontario et Provinces de l’Atlantique seulement), la base de données du Suivi des populations d’oiseaux et de chauves-souris relié à l’énergie éolienne, à laquelle collabore Études d’Oiseaux Canada, fait état des espèces et des nombres visés par une collision mortelle, données recueillies entre 2006 et 2014 par le suivi de 1889 éoliennes réparties dans 65 parcs éoliens. En tout, ce sont 2585 carcasses qui ont été retrouvées. Du lot, les 2182 individus identifiables appartenaient à 173 différentes espèces, dont 69,4% de Passériformes et 7,7% de Falconiformes (p. 13). Certaines espèces ont été plus fréquemment trouvées toutes provinces confondues. Il s’agit de l’alouette hausse-col, du roitelet à couronne dorée, du viréo aux yeux rouges ainsi que des hirondelles noire et bicolore. Les auteurs estiment par ailleurs que les fluctuations des populations au cours de l’année et leur phénologie (migration, envol des jeunes…) auraient un effet sur la composition spécifique des oiseaux décédés (p. 38).

Les résultats de mortalité, corrigés pour les surfaces réelles inventoriées, l’efficacité du prospecteur, la fréquence des visites et la disparition des carcasses, ont pu être obtenus pour 46 parcs pour lesquelles il y a eu au moins une saison de suivi. Ils diffèrent selon la région concernée. En Alberta, où il y a eu 120 éoliennes visées par l’analyse sur les 958 en place, la mortalité de rapaces a été estimée à 0,06 (0-0,12) oiseau par éolienne par année, et pour les autres groupes d’oiseaux, elle est de 2,65 (1,90-3,40) (p. 36). En Ontario, où 1202 éoliennes ont été analysées sur les 2303 installées, elles sont de 0,20 (0,19-0,21) rapaces, et de 6,14 (5,83-6,45) pour les autres.  Dans le Canada Atlantique, où 92 éoliennes sont visées par l’analyse sur les 521 en place, elles sont respectivement de 0 et de 1,17 (0-2,18) oiseaux par éolienne par année.

Pour expliquer ces écarts, les auteurs évoquent la localisation d’éoliennes dans un corridor migratoire en Ontario, ainsi qu’un biais d’échantillonnage (p. 37).  Ils soulignent également que les intervalles de confiance des moyennes ne tiennent pas compte de l’erreur associée aux facteurs de correction et aux biais d’échantillonnage. Les intervalles seraient vraisemblablement sous-estimés (p. 38).

Québec

Au Québec, une synthèse de la mortalité des oiseaux et des chauves-souris reliée aux éoliennes est en cours de réalisation (Lemaître et Drapeau, 2015). À la demande de différentes commissions d’enquête et d’audience publique du BAPE, les responsables de la faune du Québec ont rendu publics quelques résultats des suivis des parcs éoliens. Lemaître et Drapeau (2015) font état des résultats standardisés de 12 parcs éoliens pour la période de 2009 et 2014. La mortalité varie entre 0,00 et 0,18 oiseaux de proie par éolienne par année selon le parc et l’année d’échantillonnage. Ceci correspond à un taux inférieur à 0,09 rapaces par MW par année. Des résultats de mortalité des oiseaux en général ont aussi été rendus publics (MRNF 2011). Les estimés concernent 5 parcs éoliens. Les taux de mortalité estimés par le ministère pour la période 2005-2010 varient de 0 à 6,8 oiseaux par éolienne par année selon le parc, voire jusqu’à 9,96 oiseaux selon la méthode de calcul retenue.

Conclusion

Les résultats présentés montrent que les mortalités varient selon le lieu et les caractéristiques du parc éolien. C’est donc dire que la localisation, combinée à la nature des écosystèmes et à la phénologie des espèces ont une incidence sur les mortalités observées.

Il s’avère donc essentiel d’une part, de dresser un inventaire de la faune aviaire dans les lieux d’implantation pressentis et d’évaluer l’impact de l’implantation potentielle d’éoliennes sur les populations d’oiseaux, en particulier pour les espèces à statut précaire. C’est ce qui a été mis en place au Québec, comme sous une majorité de juridictions à l’échelle mondiale.

Les suivis de mortalité sont essentiels pour valider les hypothèses avancées dans l’étude d’impact. Espérons que la synthèse annoncée, à défaut de rendre publics dans un format interprétable tous les rapports de suivis, verra le jour prochainement et qu’elle confirmera que les taux de mortalité aviaire dans tous les parcs éoliens du Québec sont effectivement faibles. Enfin, les producteurs d’énergie doivent adapter la gestion des éoliennes en fonction des résultats des suivis, quitte à voir ainsi réduire leur production.

Il semble que la situation des éoliennes d’Altamont Pass soit rare, quoiqu’elle ne soit probablement pas unique. Elle appelle à la vigilance, ce qui implique une planification des projets selon les règles de l’art, la réalisation de suivis rigoureux et indépendants ainsi qu’une gestion adaptée des parcs éolien à chaque situation.

Sources

Center for Biological Diversity (non daté). Fact sheet on Altamont Pass bird kills. 2 p.

Études d’Oiseaux Canada, Environnement et Changement climatique Canada, Association canadienne de l’énergie éolienne et ministère des Ressources naturelles et des Forêts de l’Ontario (2016). Base de données du Suivi des populations d’oiseaux et de chauves-souris relié à l’énergie éolienne. Sommaire de l’information présentée dans les rapports de suivi postérieur à la construction. Juillet 2016, 48 p.

ICF International (2015). Altamont Pass Wind Resource Area Bird Fatality Study, Monitoring Years 2005-2013. December. M107. (ICF 00904.08) Sacramento, CA. Prepared for Almeda County Community Development Agency, Hayward, CA.

Johnson D.H., S.R. Loss, M.S. Smallwood et W.P. Erickson (2016). Avian fatalities at wind energy facilities in North America: a comparison of recent approaches. Human-Wildlife Interactions 10(1):7-18.

Lemaître, J. et J. Drapeau (2015). Synthèse des mortalités d’oiseaux de proie et de chiroptères dans les parcs éoliens du Québec – rapport préliminaire. Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, Québec, 3 p.

Marx, G. (2017). Le parc éolien français et ses impacts sur l’avifaune. Étude des suivis de mortalité réalisés en France de 1997 à 2015. Ligue de protection des oiseaux, mise à jour septembre 2017, 92 p.

MRNF (2011). Tableaux synthèses des mortalités d’oiseaux et de chiroptères (2005-2011). 16 mars 2011, 3 p.

Les mantes attaquent les oiseaux, parfois.

Texte : Pierre André, biologiste

Photo : Maxime Aubert

Bien installée sur un abreuvoir, à l’affut, une mante attend patiemment sa proie. Approche un colibri. Elle étire avec une rapidité déconcertante ses pattes ravisseuses et vlan… l’oiseau est capturé. Elle mord la tête et consomme. Il meurt en quelques secondes.

Nous savons que les femelles de mantes dévorent à l’occasion la tête de leur partenaire durant ou au terme de l’accouplement. Ce comportement aurait pour effet de couper un nerf dont le rôle est « d’inhiber les mouvements sexuels du mâle ». Ainsi, et même étêté, celui-ci continue à bouger l’abdomen (Espace pour la vie).  Plus rares sont ceux qui savent qu’elles peuvent aussi s’attaquer aux oiseaux et qu’elles seraient friandes de leur cervelle. Un texte écrit par Natalie Angier, paru ce 22 septembre 2017 dans la section Science sur NYTimes.com, a stimulé ma curiosité. Je vous propose ici le fruit de mes lectures. Cœurs sensibles, s’abstenir.

Une première synthèse

Dans un article publié plus tôt cette année, auquel référait d’ailleurs Mme Augier, Martin Nyffeler et ses collaborateurs (voir l’article) dressent un portrait de cette prédation à prime abord surprenante. Ils rapportent 147 événements de ce type survenus dans 13 pays et sur tous les continents à l’exception de l’Antarctique où les mantes sont absentes. Les prédatrices appartiennent à 12 différentes espèces de Mantides réparties dans 9 genres. Elles ont capturé de petits oiseaux de l’ordre des Apodiformes (ex. les martinets et colibris) et des Passériformes (ex. les tyrans et les parulines). Les oiseaux capturés par les mantes appartiennent à 24 différentes espèces. Plus de 70% des événements rapportés sont survenus aux États-Unis, alors que les colibris, principalement le colibri à gorge rubis, allaient s’abreuver ou butinaient les fleurs.

Les mantes sont généralement insectivores. Il n’empêche qu’elles s’en prennent occasionnellement aux vertébrés. De telles attaques ont été rapportées sur des reptiles et des amphibiens, sur des micro-mammifères et sur des oiseaux.

Les chercheurs ont eu accès à l’information ou ont pu identifier l’espèce de mante impliquée pour 72 des cas répertoriés. Environ 75% d’entre eux sont dus à 3 espèces qui sont Tenodera aridifolia sinensis (25 cas  aux USA), Mantis religiosa (19 en Espagne et aux USA) et Stagmomantis limbata (10 aux USA). La majorité des mantes en cause dans ces événements avaient une masse supérieure à 7 grammes, alors que les espèces de colibris pesaient plutôt entre 3 et 6 grammes.

Comment procède la mante pour capturer un oiseau?

Les chercheurs relatent que, lorsque la proie s’approche à distance d’attaque (5-10 cm), la mante déploie rapidement ses fortes pattes antérieures munies d’une double rangée d’épines redoutables (appelées pattes ravisseuses, voir Les pages entomologiques d’André Lequet) tout en restant bien accrochée à l’abreuvoir ou à la plante avec ses 2 autres paires de pattes. Elle retient fermement l’oiseau qui parfois réussit à s’échapper. Quand ce n’est pas le cas, elle commence immédiatement à se nourrir. La mort survient en l’espace de quelques minutes. Dans les deux tiers des cas répertoriés, les morsures ont eu lieu à la tête, au cou ou à la gorge. Dans plusieurs de ces cas, la mante a consommé… la cervelle de l’oiseau.

La mante aurait-elle une préférence pour attaquer la tête et se nourrir de cervelles? Les chercheurs estiment que des recherches seraient nécessaires pour répondre à cette question. Ils se demandent également si les techniques de captures varient selon les espèces en cause. Pour observer une attaque sur vidéo, cliquer ici.

Pourquoi y a-t-il plus d’événements rapportés en Amérique du Nord?

Nyffeler et ses collaborateurs identifient trois raisons.

  1. C’est en Amérique du nord que l’on retrouve le plus d’espèces de colibris de petites tailles et d’espèces de mantes de grande taille;
  2. L’installation d’abreuvoirs et de plantes riches en nectar pour attirer les colibris fait en sorte de rapprocher les observateurs de la scène d’éventuels événements;
  3. Les mantes de grande taille des genres Mantis et Tenodera, espèces introduites, ont été relâchés au travers les États-Unis pour le contrôle biologique d’espèces indésirables des jardins au cours des années 1900. Mentionnons au passage qu’en  2009 et peut-être encore aujourd’hui, il était possible de se procurer, pour le Québec, des mantes religieuses en magasin, tout comme des coccinelles et des nématodes (Gingras, 2009) . Ces mantes se sont bien installées, en particulier dans le sud-est américain. L’efficacité de ce mode de contrôle biologique est plutôt mitigée, la mante ne sachant distinguer les insectes nuisibles des insectes utiles.

Ces espèces exotiques sont responsables de 58% des incidents rapportés de prédation sur les oiseaux, contre 42% par des espèces indigènes. Elles n’en n’ont donc pas l’exclusivité.

Y a-t-il des cas connus de telles prédations au Québec?

Au meilleur de ma connaissance, aucun cas n’a été rapporté à ce jour. L’événement pourrait toutefois survenir, car nous trouvons sur notre territoire les deux espèces non indigène de mantes qui ont été le plus souvent mentionnées pour de telles prédations, ainsi que l’espèce de colibri la plus piégée. Il s’agit de la mante religieuse, M. religiosa, et de la mante chinoise, T. a. sinensis. Cependant, les mantes sont peu fréquentes chez nous et elles sont présentes surtout dans le sud-ouest de la province (Les insectes du Québec). De telles attaques sont donc peu probables.

 

Mante religieuse: « C’est une espèce holarctique. Elle a été introduite d’Europe en Amérique du nord en 1899. On la trouve actuellement dans l’est du Canada (Ontario, Québec) ainsi qu’en Colombie-Britannique, mais aussi en Europe du sud et centrale, particulièrement autour du bassin méditerranéen. On la retrouve également en Afrique et en Asie. » (Espace pour la vie)

Mante chinoise: « Cet insecte est originaire des régions tempérées d’Asie. Il a probablement été introduit dans l’est des États-Unis, après quoi il s’est répandu à travers le pays. Au Canada, on le trouve dans le sud du Québec et de l’Ontario. » (Espace pour la vie)

Conclusion

Cette étude synthèse publiée en 2017 est une première. Les auteurs ont recueilli les événements dans la littérature publiée (33%) ainsi que sur les médias sociaux (67%). Si les mantes attaquent les oiseaux, cette prédation est loin d’avoir un effet significatif sur les populations. Elle demeure très marginale. Ces attaques ont défrayé et défrayeront encore les manchettes. Nous en entendrons sûrement reparler.

Source

Nyffeler, M., M.R. Maxwell et J. V. Remsen, Jr. (2017). Bird predation by praying mantises: a global perspective. The Wilson Journal of Ornithology 129(2): 331-344 | DOI: 10.1676/16-100.1

 

Ornitho 101. Grand chevalier ou Petit chevalier?

Texte: Pierre André

Photos: Maxime Aubert

Quelles sont les différences entre le grand chevalier et le petit chevalier? La réponse paraît parfois évidente. Le premier est de taille plus forte que le second. S’il est plus simple de les comparer quand ils sont côte-à-côte, le travail se complique quand l’oiseau est seul. Je vous résume ici quelques-unes des différences entre ces espèces. Si certaines sont faciles à utiliser sur le terrain, d’autres seront plus facilement observables sur une photo ou avec une lunette d’approche.

 

 

 

L’allure générale

Le grand chevalier est généralement plus grand et plus costaud que le petit chevalier. Si les écarts de grandeur ne présentent pas de chevauchements (grand=29 à 33 cm; petit=23 à 25 cm), les écarts de poids, et conséquemment le volume des individus, se juxtaposent légèrement (grand=111 à 235 g ; petit= 48 à 114 g). (selon O’Brien et al. 2006)

Alors que le grand chevalier a un corps sculpté et une poitrine anguleuse, les formes du petit chevalier sont arrondies, toutes en douceur.  Une pomme d’Adam, souvent présente chez le grand chevalier, est toujours absente chez le petit. (selon O’Brien et al. 2006)

Et le bec

Le grand chevalier a le bec plus épais et plus long, environ 1,5 fois la longueur de la tête. Le bec est parfois légèrement retroussé vers le haut. Sa base est pâle et le reste foncé. La narine est bien décollée de la base du bec.

Le petit chevalier a le bec plus fin, plus pointu et plus court, environ égal à la longueur de la tête. Toujours très droit, le bec est généralement noir. La narine est plus accolée aux plumes situées à la base du bec.

Et les ailes

Ces deux espèces ont le dessus des ailes foncées sans bandes alaires. Cependant, des points blancs discrets sont visibles au vol sur les secondaires et les primaires internes du grand chevalier. Ils sont absents chez le petit chevalier. (selon O’Brien et al. 2006)

Par ailleurs, les primaires seraient plus longues chez le petit chevalier. Ainsi, quand les individus sont vus de profil, les ailes dépassent significativement la queue chez cette espèce, alors que chez le grand chevalier, elles finissent avec la queue ou ne la dépassent presque pas. (Source: Melissa Meyntz)

Et les jambes

Les jambes sont longues et jaunes chez ces deux espèces. Les articulations plus épaisses à la jonction du tarse et du tibia seraient caractéristiques du grand chevalier (selon Peterson 1980). Elles sont minces et souvent peu évidentes chez le petit chevalier.

Le comportement

Le grand chevalier est un oiseau actif, qui marche de façon régulière et qui court souvent frénétiquement après les poissons. Pour sa part, le petit chevalier marche rapidement et de façon méthodique. Il ne court que rarement. (selon O’Brien et al. 2006)

Le cri

Le cri du grand chevalier se compose généralement de 3 ou 4 kiou, abrégé parfois en ki-ki-kiou. Son chant est un tou-wi répété. Celui du petit chevalier se compose seulement de 1 ou 2 kiou ou de un ki-kiou. Son chant ressemble à pil-a-oui répété. (selon Paquin et Caron 2004). Je vous invite à écouter les chants et cris du grand chevalier (cliquez ici) et le petit chevalier (ici), sur Allaboutbirds.org.

Sources

O’Brien, M., R. Crossley et K. Karlson 2006. The Shorebird Guide, Houghton Mifflin Co., Boston, p. 78 à 86.

Paquin, J. et G. Caron 2004. Guide d’identification des oiseaux du Québec et des Maritimes. Éd. Michel Quintin, Waterloo (Qc), p. 76.

Peterson, R.T. 1980. A Field Guide to the Birds. A Complete New Guide to All the Birds of  Eastern and Central North America. 4 éd.,  Houghton Mifflin Co., Boston, p. 128.