Une visite inusitée… Un Fou de Bassan sur la rivière des Mille-Îles.

Le 4 décembre dernier, un Fou de Bassan s’est aventuré sur la Rivière des Mille-Îles. Y était-il par hasard ou utilisait-il un raccourci pour rejoindre le golfe du Maine? Voici l’histoire de sa découverte.

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Mots d’oiseaux

par Pierre André

Ces mots d’oiseaux sont pour moi une façon d’exprimer mes opinions et mes réflexions. Parfois de nature éditoriale, souvent dits avec humour, jamais avec méchanceté. Je ne puis qu’espérer que vous aimerez les lire et les partager autant que j’ai eu plaisir à les produire.

Mots d’oiseaux 6. Florence, le meilleur et le pire.

Johanne et moi avons beaucoup aimé Firenze. Vraiment à la hauteur de sa réputation. À l’exception de cette image troublante prise en amont d’un ouvrage de retenu situé sur la rivière Arno, juste en aval du célèbre pont Vecchio. J’en profite pour faire un clin d’œil aux manifestants qui ont organisé, en octobre dernier, un événement pour la « dignità di Roma ». Ils dénonçaient entre autres la malpropreté de la ville qu’ils disent à l’abandon. Et ce n’est pas à cause de la pollution que l’aigrette garzette a les pieds jaune…. (Photo prise le 2 octobre 2018)

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Mots d’oiseaux 5. La Rome antique.

Ah! Rome… La ville de l’Empire… Celle de Jules, d’Auguste… Du pain et des jeux… La ville Sainte… Johanne et moi avons eu le grand plaisir de la visiter. Ce goéland leucophée trônait au sommet du Palatin, l’une des sept collines de Rome. C’était l’occasion de me rappeler mes cours de latin…(Photo prise le 21 septembre 2018)

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Mots d’oiseaux 4. La mésange qui lit l’avenir.

J’aime aller me promener sur la passerelle du marécage Tylee à Rosemère. Depuis environ 2 ans, les passants apportent des graines pour nourrir les oiseaux. L’apprivoisement est tel que la faune ailée tourne littéralement autour des promeneurs. Les mésanges à tête noire, les sittelles à poitrine blanche et les pics mineurs se posent sur leurs mains, même en absence de pitance… (Photo prise le 15 mai 2018)

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Mots d’oiseaux 3. La sittelle et le branchu.

Au printemps, les voisins gonflables sortent de leur léthargie. Ici, la sittelle à poitrine blanche explore un nichoir dédié au canard branchu. À voir l’oiseau à la porte, force est d’admettre que ce nid est trop grand pour sa famille… (Photo prise le 27 avril 2018)

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Mots d’oiseaux 2. L’effet Trump sur les migrateurs.

Cette héronnière est située à Laval-Ouest, sur la rivière des Mille-Îles. Tôt au printemps, les mâles arrivent les premiers sur les nids. Je ne saurais dire comment les individus choisissent leur emplacement dans la héronnière, ni si celui au sommet se sent plus puissant ou important que les autres. Durant la même période, le président des États-Unis tenait des propos durs envers les migrants. J’ai donc eu l’idée de référer à Néron. Cet empereur romain était un despote cruel qui a tué sa mère Agrippine. Les héronneaux eux vont souvent chercher à jeter en bas du nid leur frère ou sœur afin de mobiliser toute l’énergie nécessaire à leur croissance. Inspirant… non? (Photo prise le 17 avril 2018).

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Mots d’oiseaux 1. L’hiver est long…

J’étais au bord de l’eau à Ste-Rose (Laval, Qc). En ce 18 avril 2018, la glace couvrait encore la rivière des Mille-Îles. Ces bernaches du Canada pouvaient bien se questionner… Mais j’ai un peu triché. Ces individus ont probablement résidé sur la rivière tout l’hiver. Il ne s’agit pas de migratrices, elles n’ont donc pas à se demander si elles se dirigent dans la bonne direction…Motsdoiseaux1

 

Il pleuvait des Parulines – Une exceptionnelle migration printanière dans Charlevoix et l’Est-du-Québec

Texte et photos de Pierre André, biologiste

Ah l’expérience inusitée que nous avons vécue! Lundi le 28 mai 2018, l’impact d’oiseaux heurtant la fenêtre côté nord de la maison ancestrale de 1869 que nous avions louée à Port-au-Persil, attira notre attention. La journée était très venteuse. Après inspection des abords de la maison, je n’ai pu trouver les oiseaux. Ils avaient dû reprendre rapidement leur esprit et poursuivre leur chemin. Cependant, quelle ne fut pas notre surprise de constater que des dizaines de parulines défilaient à un rythme d’enfer, poussées par le vent, à la hauteur du hangar visible de la maison. Elles défilaient quasi à l’horizontale, à une vitesse remarquable en direction sud-ouest. Les volées de 3 à 15 individus se succédaient au rythme de 2 à 3 par minute. Et cela a duré des heures. Nous en avons rapporté sur notre feuillet eBird plus de 500 observés en trente minutes. Il pleuvait littéralement des parulines.

Nous avons alors décidé de partir à leur recherche. Ces parulines devaient bien se concentrer au sol quelque part. Nos recherches nous ont conduits au pied de la cascade située près du quai de Port-au-Persil. Les parulines étaient partout : sur la pelouse, sur les rochers, dans les arbustes, dans les arbres, sur les chemins, au bord de l’eau… Après 5 heures d’observation, nous avions identifié 145 individus appartenant à 17 espèces différentes de Parulidés, un record pour Johanne et moi.

Les espèces que nous avons observées : les parulines tigrée et à poitrine baie (25 individus chacune), à gorge orangée (20), à croupion jaune (14), obscure (10), à tête cendrée (10), flamboyante (8), du Canada (5), à calotte noire (4), bleue (4), à joues grises (4), couronnée (4), à collier (3), rayée (3), à gorge noire (2), à flancs marrons (2) et jaune (2).

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Paruline à poitrine baie

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Paruline à flancs marrons

Si nos attentes d’ornithologue amateur furent comblées, d’autres personnes ont vécu une expérience moins agréable. La radio locale CIHO-FM a rapporté de fortes mortalités aviaires près des maisons, à St-Siméon notamment. L’article souligne également que les résidents s’interrogent sur les causes de la mort de ces dizaines de parulines trouvées au pied de leurs fenêtres. Une petite famille, les St-Aubin – Mathon avec qui nous avons échangé le 29 mai sur le quai de Port-au-Persil, nous rapportait une situation similaire à leur maison de St-Fidèle. Enfin, nous avons observé quelques carcasses de parulines au bord de la route.

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Paruline à croupion jaune

Comment expliquer le phénomène que nous avons observé?

Le 28 mai dernier, le Bas-Saint-Laurent, la Gaspésie, la Côte-Nord et Charlevoix ont été l’objet d’un phénomène migratoire exceptionnel. Pour Pascal Côté, directeur de l’Observatoire des oiseaux de Tadoussac (OOT), « C’est probablement le plus gros mouvement de passereaux néotropicaux jamais enregistré en Amérique du Nord » (Le Soleil). Ian Davies, un ornithologue aguerri du Cornell Lab of Ornithology, rapportait depuis Tadoussac:

« As far as we are aware, it’s three times the number of warblers that anyone has ever seen at a location anywhere. It was basically a river of warblers. All heading southwest. » (NY Times).

Je vous invite à lire son commentaire sur son feuillet eBird qui traduit bien sa joie et son étonnement.

Les biologistes ont avancé quelques facteurs qui se sont conjugués pour donner ce phénomène. D’abord, pour le biologiste Hugues Deglaire de St-Ulric, le temps froid des jours précédents la semaine du 28 mai aurait retardé la migration de ces oiseaux qui rappelons-le, sont essentiellement insectivores (ICI Radio-Canada.ca). La paruline à gorge orangée (photo ci-dessous) a d’ailleurs beaucoup travaillé pour manger ce ver. Si elles étaient arrivées plus tôt, les parulines n’auraient probablement pas trouvé la nourriture nécessaire pour récupérer après la migration.

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Paruline à gorge orangée

Ensuite, un vent favorable du sud-ouest, dans la nuit de dimanche à lundi, « a drainé les parulines vers le nord-est », souligne Pascal Côté de l’OOT (Le Soleil). Les radars-météo (voir BirdCast pour ces dates) avaient d’ailleurs prédit ces importants mouvements.

Enfin, l’épidémie de tordeuses des bourgeons de l’épinette qui sévit au Québec et au Nouveau-Brunswick a fourni en 2017 une nourriture abondante à certaines espèces de parulines qui auraient alors pondu, selon les propos de Marc-André Villard, entre 7 et 8 œufs, soit le double d’une couvée normale (Ibid.). D’ailleurs, ce professeur associé de l’UQAR fait remarquer que les parulines dominantes des derniers jours sont dites « à tordeuses » (Ibid.). Il s’agit des parulines tigrée, à poitrine baie et obscure (voir La Semaine verte sur le sujet).

Sous ces conditions optimales pour leur vol de nuit, à une altitude de 1000 à 1200 mètres, portées par le vent et leurs battements d’ailes, les parulines auraient été emportées trop loin, ce qui les auraient amenées à effectuer, cette fois de jour, une correction migratoire vers le sud-ouest, explique Pascal Côté (Le Soleil).

Le même lundi 28 mai, des observateurs de l’OOT en poste au quai de la Pointe-à-John (Les Bergeronnes) ont dénombré 183 000 parulines entre 5h00 et 16h00. Leur feuillet eBird est éloquent. Les nombres de Parulines non identifiées rapportés par Laetitia Desbordes, observatrice, entre le 27 et le 31 mai, permet de constater le synchronisme remarquable du phénomène :

27 mai 28 mai 29 mai 30 mai 31 mai
Parulines sp. 20 183 832 21 660 21 224

Pour mieux comprendre les corrections migratoires

Comme je l’ai mentionné plus tôt, la migration des parulines se passe la nuit. La correction migratoire, elle, s’est déroulée durant la journée.  Les gens de l’OOT documente des corrections migratoires depuis 10 ans. En 2018, l’OOT s’est investi plus systématiquement à son étude en appliquant un protocole standardisé d’observation. Comme l’OOT souhaite poursuivre ses efforts printaniers en 2019, cette fois avec des fonds qui lui permettraient de mieux faire, il a lancé une campagne de socio-financement. Cliquez ici pour en savoir plus.

En conclusion

De cette abondance momentanée, il ne faut pas conclure que les populations de parulines se portent dans l’ensemble bien. Toutes les études publiées récemment rapportent un déclin des oiseaux chanteurs. Ce que nous avons pu observer est le résultat d’une conjoncture d’événements : retard dû au froid, conditions de vent en altitude favorables, correction migratoire importante et abondance des « parulines à tordeuses ».

Cette journée restera dans ma mémoire et celle de Johanne longtemps. Jamais nous n’aurons vu autant de parulines en un même lieu et un même jour. Quelle chance nous avons eue!

Remerciements

Merci à Marie-Andrée Desgagnés de m’avoir fait suivre le lien vers l’article de CIHO-FM.