Pour l’an 2025, deux nouvelles espèces d’oiseaux se sont ajoutées à la liste lavalloise, qui en compte maintenant 281. Quelles sont ces espèces? Leur présence est-elle exceptionnelle dans notre région ?
Un texte de Pierre André avec des photos de Nathalie Léonard et de Gabriel Schmitt.
Après une année sans nouveauté, l’an 2025 a permis de confirmer la présence de deux nouvelles espèces pour Laval : le Phalarope à bec étroit et l’Hirondelle à front brun. Dans cet article, je vous présente la répartition géographique de ces visiteurs afin que nous en appréciions la rareté.
Le Phalarope à bec étroit

Les phalaropes à bec étroit, une espèce circumpolaire, se reproduisent dans la toundra arctique et subarctique. En Amérique du Nord, nous les retrouvons de l’Alaska jusqu’au Labrador. Dès juillet, ils entament leur périple vers le sud. Bien que majoritairement les individus migrent en volant au large des côtes océaniques, certains traversent les terres. Ainsi chaque année, la région montréalaise accueille quelques phalaropes à bec étroit de passage entre la mi-août à la mi-septembre. Durant l’hiver, les individus se concentrent dans l’océan Pacifique depuis la pointe de la Basse-Californie jusqu’au large du Chili.
Tous les individus ne migrent pas au même moment. Les femelles entreprennent leur long parcours dès que débute l’éclosion des œufs. Elles ne seraient pas impliquées dans la couvaison ou l’élevage des jeunes. Elles arriveront donc les premières aux aires de repos et d’hivernage. Les mâles arriveront plus tard et ils seront suivis des juvéniles. Ainsi, chaque groupe de phalaropes observés en même temps dans la région au cours de la migration postnuptiale devraient tous appartenir à un seul de ces groupes : femelles, mâles ou immatures.
L’Hirondelle à front brun

Cette espèce est observée de façon occasionnelle et irrégulière dans la région de Montréal. Par exemple, Il s’agit de la première mention depuis l’année 2017 dans notre région métropolitaine. L’Hirondelle à front brun se reproduit dans le sud des États-Unis, au Mexique et sur certaines îles des Caraïbes. Durant la migration postnuptiale, quelques individus se déplacent vers le nord, longeant la côte du Golfe du Mexique et de l’Atlantique faisant une migration inverse. L’essentiel de la population demeure à l’intérieur ou près des limites de son aire de reproduction, qui se situe loin de la frontière entre le Canada et les États-Unis. Et pourtant…
Il arrive assez fréquemment et de façon erratique que des individus vagabonds traversent les USA jusqu’au Canada. Tous les cas documentés dans notre région, au Québec et en Ontario ont été rapportés dans les deux premières semaines du mois de novembre. Entre 1999 et 2018, la Petite liste commentée des oiseaux du Québec fait état d’une vingtaine de mentions (David, 2021). En 2024, l’espèce a fait une incursion remarquable au Québec. En effet, elle a été observée à plusieurs endroits sur les rives du fleuve St-Laurent jusque sur la Côte-Nord.
Peut-être sa présence est-elle liée à la force des vents ou des ouragans qui frappent le Texas et les États périphériques? C’est l’hypothèse que McNair et Post soutiennent pour expliquer les fréquences plus élevées en Ontario en 1999. C’est aussi l’argument qu’avance Britton (2021) en attribuant les deux mentions de 2012 dans la région d’Ottawa-Gatineau au passage de l’ouragan Sandy. Nous pouvons avancer l’hypothèse que le nombre d’incursions sur notre territoire devrait augmenter au cours des prochaines années avec l’augmentation des tempêtes et des ouragans en raison des changements climatiques. (lire aussi Qu’advient-il des oiseaux durant un ouragan?)
Peut-être aussi ces observations plus fréquentes au Québec constituent-elles l’annonce d’une expansion de l’aire de répartition de cette espèce ? L’Hirondelle à front brun a connu une expansion certaine de son aire de reproduction, du moins au 20e siècle. En 2006, Kosciuch et ses collaborateurs ont estimé cette expansion au Texas de 888 % entre 1957 et 1999, soit 6 % par an. Dire qu’elle était absente de cet État avant 1915. Les auteurs estiment aussi, à partir des données BBS, que la population y a cru d’environ 10 % par année au cours de cette même période.
Mais les temps changent. Les données de tendance disponibles sur eBird rapportent pour l’ensemble de l’aire de répartition une baisse de la population d’Hirondelle à front brun de l’ordre de 33 % (valeur médiane) pour la période 2009-2023 (Finck et coll., 2024). Soulignons que les connaissances sur les comportements migratoires et le vagabondage de cette espèce sont à parfaire (Strickler et West, 2020).
Conclusion
En somme, l’ajout du Phalarope à bec étroit et de l’Hirondelle à front brun à la liste aviaire de Laval en 2025 illustrent la dynamique migratoire et les incursions parfois imprévisibles de certaines espèces dans la région. Ils soulignent également la contribution des ornithologues amateurs à la connaissance et au suivi de la biodiversité régionale.
Remerciements
Je tiens à remercier Nathalie Léonard et Gabriel Schmitt pour m’avoir fourni leurs photos ainsi que mon épouse Johanne Filiatrault pour sa relecture attentive.
Références
Britton, D. (rev. G. Zbitnew) (2021). Annotated checklist of birds of the Ottawa-Gatineau district. Ottawa Field Naturalists’ Club, https://ofnc.ca/wp-content/uploads/2022/02/Ottawa-Annotated-Checklist-of-all-Birds-in-the-Ottawa-Gatineau-District-2021.pdf
David, N. (2021). Petite liste annotée des oiseaux du Québec. Regroupement QuébecOiseaux, https://quebecoiseauxkiosk.milibris.com/autres-publications
Fink, D., T. Auer, A. Johnston, M. Strimas-Mackey, S. Ligocki, O. Robinson, W. Hochachka, L. Jaromczyk, C. Crowley, K. Dunham, A. Stillman, C. Davis, M. Stokowski, P. Sharma, V. Pantoja, D. Burgin, P. Crowe, M. Bell, S. Ray, I. Davies, V. Ruiz-Gutierrez, C. Wood, A. Rodewald. 2024. eBird Status and Trends, Data Version: 2023; Released: 2025. Cornell Lab of Ornithology, Ithaca, New York. https://doi.org/10.2173/WZTW8903
Kosciuch, K.L., C.G. Ormston et KlA. Arnold (2006). Breeding Range Expansion by Cave Swallows (Petrochelidon fulva) in Texas. The Southwestern Naturalist, Vol. 51(2), pp. 203-209.
McNair, D.B. et W. Post (2001). Review of the occurrence of vagrant Cave Swallows in the United States and Canada, Journal of Field Ornithology 72(4), 485-503. https://doi.org/10.1648/0273-8570-72.4.485
Rubega, M. A., D. Schamel, and D. M. Tracy (2020). Red-necked Phalarope (Phalaropus lobatus), version 1.0. In Birds of the World (S. M. Billerman, Editor). Cornell Lab of Ornithology, Ithaca, NY, USA. https://doi.org/10.2173/bow.renpha.01 Strickler, S. et S. West (2020). Cave Swallow (Petrochelidon fulva), version 1.0. In Birds of the World (A. F. Poole, Editor). Cornell Lab of Ornithology, Ithaca, NY, USA. https://doi.org/10.2173/bow.cavswa.01
