Une visite inusitée… Un Fou de Bassan sur la rivière des Mille-Îles.

Le 4 décembre dernier, un Fou de Bassan s’est aventuré sur la Rivière des Mille-Îles. Y était-il par hasard ou utilisait-il un raccourci pour rejoindre le golfe du Maine? Voici l’histoire de sa découverte.

Par Pierre André et Jean Bertrand.

Le temps était ensoleillé et froid. Sur la rivière, des centaines de bernaches prolongeaient leur séjour profitant des eaux toujours libres de glace en ce 4 décembre 2018. Nous profitions de ces bonnes conditions pour rechercher des oiseaux rares dans le secteur Est de Laval. 

La faune ailée se faisait plutôt rare en amont du pont de Terrebonne. En franchissant le chemin de fer, à quelques mètres à l’ouest du Cimetière St-François-de-Sales, un imposant groupe de bernaches est apparu dans notre champ visuel. Nous stationnons l’auto et scrutons les berges. Seuls quelques Grands Harles se sont démarqués du lot.

La borne indique le secteur que nous scrutions. Le rivière s’écoule d’ouest en est.

Soudainement, plus de 200 bernaches s’envolent en remontant la rivière. Ce comportement est fréquent à l’approche d’un Pygargue à tête blanche ou d’un autre rapace. Jumelles aux yeux, nous recherchons la source de cette envolée. Notre regard est alors attiré par un oiseau différent qui vole d’une rive à l’autre, perpendiculairement aux bernaches. Nous le suivons d’abord de face avant qu’il ne se retourne. Puis, nous le perdons de vue… Et s’il s’était posé?

Rapidement, nous saisissons nos lunettes d’approche et reprenons l’exploration visuelle. Il ne nous fallut que 30 secondes pour le repérer. Il se tenait à part des bernaches. D’évidence, il s’agit d’une rareté ornithologique. L’un de nous a donc couru chercher son appareil photo dans l’auto. Même si la photo à la une n’est pas très bonne, elle immortalise notre découverte.

Quels indices nous ont apporté ces 15 minutes d’observation?

Au vol, l’oiseau est de forte taille, mais moins grand qu’une bernache du Canada. Ses ailes étaient très longues et pointues. La queue, assez courte, est de forme losange et pointue. Il y avait du blanc à la base de la queue. Sa couleur grise peut surprendre. Les Fous de Bassan ne sont-ils pas de grands oiseaux blanc avec la pointe des ailes noires? Si cette affirmation est vraie, elle se limite aux adultes. L’immature est entièrement gris, y compris le bec et les pattes. Au repos, le bec paraît fort et pointu, de taille supérieure à celle de la tête.

Au terme de notre analyse et avec l’aide de l’édition numérique du Sibley (2e éd.), nous avons conclu rapidement à un Fou de Bassan immature.

Est-ce une première à Laval?

Même s’il est inusité d’observer un Fou de Bassan à Laval, notre observation n’est pas une première. Un individu fut observé le 29 novembre 2005 par Georges Lachaîne au bout de la rue Terrasse de la Roche et à la Berge Leonard-Éthier. Un autre fut rapporté par Élaine Presseau et Georges Lachaîne, le 13 octobre 2018 depuis la Berge des Pinsons, sur la rivière des Prairies. Dans tous les cas, il s’agissait d’un immature.

Chaque borne est localisée sur un lieu d’observation d’un Fou de Bassan. La borne verte réfère au lieu d’observation qui fait l’objet de cet article. (Tirée de eBird)

Où hivernent les Fous immatures?

Il est reconnu que, dès septembre-octobre, les Fous immatures migrent en s’éloignant des colonies de l’Île de Bonaventure. Ils suivent alors la côte de la Nouvelle-Écosse ou les bords du plateau continental.  L’aire d’hivernage s’étend des côtes des États de la Nouvelle-Angleterre, en particulier le long du golfe du Maine et des côtes de Cape Cod, jusqu’à la côte est de la Floride et le golfe du Mexique. Huettmann et Diamondbacks (Can. J. Zool. Vol. 78, 2000, p. 640) soulignent que les résultats de leur recherche ne permettent pas de conclure que des individus puissent utiliser le fleuve St-Laurent comme un raccourci pour rejoindre le golfe du Maine.

Et si les observations citoyennes accumulées au fil des années dans la région de Montréal contribuaient à valider l’hypothèse à l’effet que le corridor fluvial puisse servir de raccourci pour que les Fous de Bassan immatures puissent rejoindre le golfe du Maine? À moins qu’ils ne visitent la région de Montréal que par hasard ou par erreur de jeunesse?

« Il [le Fou de Bassan] se trouve par hasard à plusieurs endroits de l’intérieur, le long du Saint-Laurent, de la rivière des Outaouais, du lac Ontario et du lac Érié (région de Montréal,  Ottawa, Toronto et le long du fleuve Niagara). »

Godfrey, Les oiseaux du Canada, éd. révisée, 1986, p. 54

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